Dessin : Anne-Laure, héroïne de l'histoire.
L'autre jour, ma mère m'a fait une remarque. " Tu n'a pas peur qu'on te vole tes textes ? Un copier/coller, c'est si simple".
Et elle à raison. oO Je ne dis pas que ce que je fais est trop-hypra-méga-ultra-génial et que quelqu'un s'empressera de me le piquer mais il vaut mieux faire gaffe. Pour ça, je publierai que le premier chapitre de ce texte. ( Qui au final, devra faire entre 2o et 3o pages ).
Et si vous n'aviez jamais existé ?
Un.
« Merde, j'ai oublié mes lunettes ! » Remarquais-je alors que j'avais déjà entamé la moitié du trajet. Cela faisait bien dix minutes que je marchais en direction de l'arrêt de bus numéro deux et je m'en rendais compte seulement maintenant.
« Quelle gourde » pestais-je contre moi-même. Il était trop tard pour faire demi-tour. Ma séance de cinéma commençait dans une demi-heure et le trajet du bus me prendrait le tiers de ces précieuses minutes.
Alain allait encore m'en vouloir, si j'arrivais en retard. Et ça, je ne le voulais pas.
Des frissons montèrent le long de ma colonne vertébrale lorsque je me remémorai la dernière crise de mon copain ; une goutte coula le long de ma tempe lorsque je revis l'image de ses mains s'abattre sur mon pauvre corps meurtri par les coups asséné quelques instants plutôt ; je me mis à trembler, comme prise d'une forte fièvre quand je me souvins de ses paroles. « Tu va voir un autre homme, hein, petite garce. Je ne te suffis pas ? Il faut donc que tu ailles montrer ton cul ailleurs ? » Puis, un autre coup, porté au ventre rajoutant de la douleur aux mots si crus et durs qu'il avait prononcés.
Je du m'arrêter au plein milieu de la rue car la nausée me prenait.
Je me posai contre un muret pour ne pas succomber aux vertiges. Revivre ces instants me déstabilisait ; tout tournait autour de moi. Les voitures prenaient des dimensions colossales et j'eus l'impression que tous les passants riaient en me narguant comme pour me dire « tu n'avais qu'à pas tomber amoureuse de lui, ma pauvre ».
Je me pressai les tempes du bout des doigts. « Calmes-toi, Anne-Laure, calme-toi. Tout ira bien cette fois. Il ne te frappera pas. Il t'aime » et je tentai de reprendre mes esprits.
Non, je ne voulais pas arriver en retard si Alain m'attendait. Je regarderai donc ce film sans mes lunettes, au risque de ne rien y voir. Je préférais perdre le fil du film qu'une partie de mon visage sous les coups.
Je me remis à marcher, titubant de temps en temps et l'arrêt de bus m'apparût bientôt.
Je pris mon ticket machinalement, appuyant avec force sur chacun des boutons.
Un ticket tout Genève ; Trois francs. J'insérai ma carte pour payer.
Le bruit m'avertir que l'argent dû avait été retiré mais aucun ticket ne sortit.
-Saloperie ! M'entendis-je crier à voix haute. Je me mis à frapper du point sur la machine qui refusait de cracher ce ticket. Je m'acharnait en la traitant de tous les noms, même si s'était parfaitement inutile et je débitai un tissu de grossièreté qui me faisait un bien fou.
La machine émit un bruit sourd et un ticket sorti. Je l'arrachai presque et le fourrai dans mon porte-monnaie, la mise grise. Je tournai le dos à la machine et j'émis un petit bruit de satisfaction à la gloire ticket enfin obtenu.
J'eus l'impression d'attendre tellement longtemps ce foutu bus, que je sentis la fine pluie se cristalliser dans mes cheveux. Ce froid m'anesthésiait, j'avais l'impression d'attendre le bus et en même temps, d'être autre part, à quelques mètres, en train de contempler la pauvre fille que j'étais, torturée par de cruelles pensées qui avaient laissé des traces sur mon corps...
Alors que je commençais à imaginer un scénario improbable se déroulant quelque part dans les rues de Genève, le bus tant attendu apparut au croisement ; le crissement des pneus suffit à me sortir de ma rêverie et, agacée, je montai me réfugier dans la chaleur du trajet.
Je m'assis sur un vieux siège dont le dossier avait été en partie privée de sa mousse. A la place, sur le plastic brun, on pouvait lire « Je t'aime Marine » et « nik ta mer .» Je fut prise d'un léger rire quant à l'orthographe de ce dernier message.
« Les jeunes, de nos jours... Ils ne savent plus quoi faire pour avoir un peu d'attention. Satanée société » pensais-je sans quitter l'affreux et comique nik ta mer.
Devant moi, un vieil homme était assis, accompagné de sa femme ; Une vieille dame, cheveux blancs, remontés en chignon sur son vieux crane ridé, habillée avec un certain goût de luxe et dans ses bras, un affreux petit Pékinois aux poils soyeux.
Quant à son mari, il abordait une vieille Parka et sous sa peau tombante, faute aux rides, se dessinait un sourire.
Je souris à mon tour. Ils étaient beaux, ensemble. Ils devaient vivre l'un avec l'autre depuis plus de quarante ans et devaient être mariés – sous les vieux doigts ridés de la femme, je crus deviner une alliance.
Assis à l'opposé des octogénaires, un jeune homme visiblement en phase de rebellions parentale était assis et prenait à lui seul deux place, sans le moindre gêne visible. Ils portait un grand jeans large, troué de partout, par effet de mode, un gros sweat-shirt dont la capuche était remontée négligemment sur ses cheveux coupés courts et il tenait dans la main son portable duquel une musique de sourd se faisait entendre.
Je tendis l'oreille pour intercepter les paroles.
« LiM j'sui un d'ses haineux vénéneux ingénieu avec la Smirnof
Kalashnikov
Dans la rime v'la le crime dans la firme
Victime prend tes dream et ta team
Et casse toi d'la j'représente les Kaïra
Moi c'est LiM khoya
Fais fumer ta Hiya
Nique lui sa mèree, Nique lui sa... »
Je me redressai, comme pour vérifier que j'avais bien entendu ces paroles obscènes.
Ce fut comme si le jeune avait remarqué mon manège : il augmenta le son de son portable et prit un air supérieur.
Mon regard retomba sur le vieux couple. Et, sous la souffrance, une question me vint : Est-ce qu'à quatre-vingt ans, je serais toujours avec Alain ? Serons-nous encore un couple qui s'aime ? Me frappera-t-il toujours ?
Je fus reprise de ces vertiges habituels. Je m'agrippai à mon siège, enfonçant mes doigts dans la mousse poisseuse, cherchant à éviter l'effondrement. Je posai ma tête contre le dossier et cherchai à respirer plus facilement.
« Il t'aime. Tu l'aimes. C'est un type bien, Alain. » Me souffla une voix qui devait être mon subconscient. « C'est un homme intelligent. Il est apprenti médecin. Il aime lire et dessiner. » Continuais-je à me résonner.
Puis ce ne fut plus mon subconscient qui me parla mais j'entendis la voix d'Alain, me réciter, comme lors de cette sale journée pluvieuse, ces paroles crues : « Si je te frappe c'est que tu n'as pas été sage, Anne-Laure ».
Il m'avait parlé comme à une gamine, à une gosse qui aurait brisé un vase en jouant dans le salon. Ensuite, les coups avaient repris, plus fort et le mouvement avait pris une certaine cadence. Je me retins de crier en me remémorant ce moment. J'étais dans un bus, entourés de personnes, et je doutais que de voir une jeune femme geindre à la mort sur son siège dépiécé soit un agréable spectacle. Je réouvris les yeux. Ma crise devait être passée inaperçue, aucune personne de me regardait avec un air affolé.
Je respirai et expirais à un rythme régulier.
- Il faut descendre, mademoiselle. Le terminus est plus tôt que prévu, il faut prendre un autre bus. M'appris une femme entrant dans la quarantaine, m'extirpant de mes sombres pensées. Je lui souris faiblement et la remerciai.
Je me levai, dépoussiérai ma veste d'un geste de la main pour balayer les particules de mousses et sortit.
Le froid me saisit d'un coup, par surprise. Je fit un mouvement de recul et resserrai mon écharpe autour de mon cou gelé par la température hivernal.
La femme qui m'avait signaler le changement de bus marchait quelques mètres devant moi. Elle avait une grâce sans égal, son sac Vuitton à l'épaule qui se balançait au rythme de sa démarche et ses longues bottes en cuir brun martelaient le sol émettant un claquement à chaque pas.
Mes doigts étaient encore engourdis des crispations que j'avais connues quelques minutes plus tôt et devenaient translucide ; le froid était sans pitié.
« Dans combien de temps ce foutu bus arrivera-t-il ? » maugréais-je à mon intention.
Je soufflai un peu de buée, gonflant les joues et expirant avec exagération ; « Si Alain m'avait vu faire ça, il aurait ris. » songeais-je.
A cette pensée, une lumière clignotante s'alluma dans ma tête ; Alain ! Si ce maudit bus n'arrivait pas bientôt, je serais en retard à notre rendez vous.
Je pris une grande inspiration d'air froid et, en quelques enjambées, je rejoins la femme qui marchait devant moi.
- Excusez-moi, Madame, mais savez vous quand le bus arrive ?
Elle fit mine de réfléchir et plusieurs vilaines rides se créèrent sur son front. Cela ne l'embellissait pas mais je doutais que ça soit le moment de lui faire cet aveux.
- Peut-être que c'est ce bus « Réservé » qui va arriver ? Suggéra-t-elle en me montrant du doigt le véhicule qui approchait.
- Sûrement. Murmurais-je, les lèvres gercées par le froid tenace.
Le bus noté « Réservé » s'arrêta à l'arrêt dans un crissement de pneu sourd. La femme appuya sur le bouton, d'une manière gracieuse, et nous apparût alors un vieux chauffeur dégarnis couronné d'une casquette signée de l'initial de la compagnie des Transports Publiques Genevois. Il nous fit un sourire, nous offrant la vue de ses deux dents manquantes, et demanda d'une voix râpeuse :
- Alors, mes jolies d'moiselles, en quoi j'peux vous aider ?
- Nous aimerions savoir où va votre bus.
- Et bien, mes cocottes, je conduit le bus numéro deux ! nous informa l'homme qui se voulait être charmeur.
Je le remercia poliment et je partis m'asseoir près d'un radiateur. J'y collai mes mains, maugréant qu'il devrait faire plus chaud dans ces maudits bus.
Le véhicule démarra et je crus entendre le vieux chauffeur s'écrier « En route les cocos !»
A l'arrêt suivant, une jeune femme monta et vint s'asseoir à mes côtés. Elle sentait, empestait, le parfum bon marché. Je me concentrai pour ne pas vomir.
« Courage, t'y est bientôt » me murmura mon subconscient qui avait l'air de s'être réveillé. Je regardai par la fenêtre, tournant le visage à cette pauvre femme, évitant ainsi l'odeur nauséabonde.
Dehors, la neige avait commencé à tomber. De petits flocons, se collaient à la vitre et fondaient immédiatement, se transformant en gouttes d'eau, dégoulinant lentement.
« Comme nous . » Pensais-je.
Au début, on est beau, insouciants. Chacun de nous est différent, beau à sa manière. On va où l'on veut, on se balade, on découvre. Et puis, un beau jour, on se met à tomber. On dégringole, on chute sans s'arrêter. Et pour finir, on s'écrase, lamentablement, sur le sol. Il est trop tard. On disparaît, petit à petit, pour notre entourage, pour la société ; Comme un flocon.
Je secouai la tête comme pour chasser ces comparaisons stupides de mon esprit.
Je collai mon visage encore un peu plus à la vitre.
Malgré le froid, la rue grouillait de pétions. La nuit commençait à tomber et les lumières de la ville s'allumaient les unes après les autres. Je guettais le dehors comme une enfant émerveillée par le spectacle extérieur.
Et tout d'un coup, le bus sembla s'ébranler. Une secousse m'obligea à me remettre droite sur mon siège. Je serrai mon sac contre moi et scrutai le reste du bus.
Personne n'avait l'air d'avoir remarquer quoi que ce soit.
Le chauffeur se mit soudain à conduire plus vite, du moins, c'était la seule raison valable que je trouvais pour expliquer que le véhicule avait doublé sa vitesse de circulation.
Au dehors, les lumières de la ville n'étaient plus qu'un tourbillon de couleur diverses.
Je m'enfonçai encore un peu plus au fond de mon siège.
Autour de moi, personne ne semblait déranger par la vitesse que l'on prenait.
Les deux filles en face de moi parlaient toujours du dernier film où Johnny Depp interprétait un vaillant pirate et le vieil homme debout au fond du bus n'avait pas arrêté de luter contre la maladie qui le rongeait, s'appuyant sur une cane de bois.
Mais le bus ne ralentissait pas. « Au contraire, il continue d'accélérer » me rendis-je compte.
Mes yeux ne purent rester ouvert lorsque je vis que le bus maintenait la même direction ; tout droit vers la façade d'un vieil immeuble. Le bâtiment devenait de plus en plus net, je pouvais maintenant distinguer ses contours, ses fenêtres ; Et bientôt ses briques. Mais il sera trop tard.
Je n'entendais plus aucune paroles ; le son des pneus crissant sur le bitume englobait tout son.
Je voulus crier mais je ne réussis pas. Je voulus avertir tous ces pauvres passager du bus que dans quelques minutes, ils mourront tous, dans la douleur et le sang, écrasé contre le mur de cette vieille bâtisse, mais je me tus ; j'attendais l'impacte. Le bus s'ébranla une nouvelle fois, plus brutalement que la première.
Et puis, plus rien.
Oui, c'est cruellement long. Bravo à vous si vous avez tout lu (:
Et merci à Alexis pour m'avoir aidé, à Leila pour son avis, à LiM pour les paroles ( superbes xD ) de sa chanson, au bus "Réservé" que j'ai pris la dernière fois, A Johnny Depp et aux machines qui prennent ton argent sans ticket en échange.